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Création 2002

Une pièce de Carlotta Sagna 



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© Cie C & C Sagna



Chorégraphie et textes Carlotta Sagna  
Avec Lisa Gunstone, Antoine Effroy,  Carlotta Sagna  
Création lumière Philippe Gladieux 
Avec le soutien de NEEDCOMPANY

La Compagnie Caterina & Carlotta SAGNA est soutenue par la DRAC Ile-de-France, Ministère de la Culture et de la Communication, au titre de l’aide à la compagnie conventionnée.

Durée 50 minutes



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Note d'intentions

J’aimerais qu’on ne parle pas de forme et de contenu, l’une ne va pas sans l’autre et se confond dans l’autre et devient l’autre.

Je tente de brouiller les pistes entre le jeu d’acteur et une immédiateté spontanée de l’acteur lui-même, pour qu’on passe continuellement de la représentation à des moments intimes, vrais.

J’appelle, vrai, une qualité de présence scénique dépourvue de masques et de toutes sortes d’attitudes théâtrales : timings bien étudiés, gestes appropriés, déplacements stratégiques…
Cette qualité de jeu à la recherche d’une sincérité et d’une profondeur se travaille et se répète pour arriver à des moments spontanés, peut-être maladroits, que je voudrais quelque peu déroutants par rapport à une situation de représentation, là où l’interprète n’est jamais censé apparaître à travers les mailles du rôle qu’il incarne.

De la même manière, je tente d’effacer les frontières entre le théâtre et la danse, en pensant que tout naturellement l’homme communique par le verbe et le geste ; nous essayons d’en faire un art.
En fin de compte le Théâtre est un « lieu où l’on représente des ouvrages dramatiques » donc avant tout, un lieu de rencontre.

Avant d’être chorégraphe, je suis interprète.
Dans « A », j’essaye de mettre en scène les acteurs-danseurs en tant qu’interprètes, c’est-à-dire aussi d’exposer des aspects incommodes de ce métier : la peur, le désir de plaire, d’être aimé par le public, l’euphorie des applaudissements, mais aussi le désarroi tout de suite après.
J’ai la prétention de croire qu’on peut extrapoler le petit monde de la scène à la vie en général.
Et j’ai essayé d’y mettre un peu d’humour.

Je crois que quand on travaille sur un spectacle, ce n’est pas avec le dessein de dire quelque chose, mais de chercher.

Carlotta Sagna 
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Ambiances …

Dans cette scène, la lumière change continuellement.
Imperceptiblement. 
C’est un peu comme en une journée venteuse quelque part dans le nord de l’Europe.
L’air est très propre, et sans arrêt des nuages voilent le soleil.
On a l’habitude de ces changements de lumière, on ne les remarque même plus, mais en fait la réalité est très différente, parfois les contours sont très nets, parfois moins ; par moments les bleus, les violets ressortent, comme s’ils étaient plus près, parfois ils s’éloignent, et ce sont les couleurs chaudes, les jaunes, les rouges qui appellent ton regard.

Il y a des zones d’ombre qui bougent sur le plateau et on peut avoir l’impression qu’elles suivent un danseur, mais ce ne sont que des coïncidences.
C’est comme si la lumière était créée par des facteurs extérieurs, étrangers : un rideau qui se soulève, une porte qui s’entrouvre, un nuage qui passe, donc, du coup, un moment de pénombre, une lame de lumière aveuglante…  Nous ne remarquons pas ces grands changements, mais en subissons les différentes atmosphères…

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Extrait 1 …

Je leur parlais, je leur racontais plein de choses très intimes, très personnelles.
Je me mettais à nu devant eux, sans aucune réserve, ou presque,
et eux rien, muets, je ne leur posais pas de questions précises, mais je m'attendais à un signe d’approbation, je ne sais pas, … peut-être de complicité.
Je sentais qu'ils étaient là, avec moi, attentifs…
Ils n'étaient pas hostiles, ils étaient juste impénétrables, comme des sphinx, froids, glacials, cliniques, comme des rochers, des menhirs.
Mais faites-moi comprendre quelque chose, donnez-moi un signe de vie

Mais parlez-moi, parlez, je suis là, dite moi quelque chose, parlez-moi……

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Extrait 2 …

L –Il est plutôt sexy, ……Tu as vu les biceps ?

C – Regarde les cuisses, on dirait du béton.

L– Tu crois qu’au lit il est pareil ?

C – Tu veux dire du béton ? Il faudrait demander à Anne, ou à Claire.

L – On peut vérifier soi-même aussi.

C – Il a un côté très doux malgré la masse musculaire, putain, c’est         
      une belle bête.

L – Un animal sauvage.

C – Il transpire aussi comme un animal.

L – Moi j’aime bien quand ça sent la transpiration.

C - Tu as goûté les pralines aux noisettes ?

……

L - Tu crois que c’est bon pour la peau ce truc qu’il a sur le visage ?

C – Je ne sais pas, mais ça lui va bien, ça lui donne un côté ethnique. 

L – Quand même c’est un peu ridicule non ?

C – En fait j’aime bien quand les hommes sont un peu ridicules, j'aime bien quand ils sont un peu maladroits, je les trouve plus attachants.

L – C’est ton instinct maternel qui se réveille. Je t’assure que quand un homme au lit est bien adroit, il est aussi très attachant.

C – En tout cas Antoine il est adroit et maladroit en même temps.

L – Comment tu sais ?

C – Mais non, je veux dire regarde, il est bâti comme un gladiateur et puis il est extrêmement fragile en même temps.

L – Il y a quand même une différence entre Antoine et Russel Crowe.


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